CHENY
Site archéologique

par Roger Lapert

Cheny, à onze kilomètres à vol d'oiseau de JOIGNY, est situé au confluent de l'Armançon. Il s'est révélé être un site archéologique important, sans doute en raison de sa situation géographique. Il a été partiellement exploité au lieudit " Les Mardelles ", en sauvetage, par le groupe de fouilles de la Société Archéologique de Sens, sous l'active direction de M. Parruzot, pendant plusieurs années.
Les objets les plus anciens, découverts incidemment, remontent au lointain et ténébreux paléolithique. Un biface (coup de poing), en silex taillé, trouvé dans une carrière de sable, date de l'Acheuléen moyen (180.000 ans environ). D'autres silex remontent à l'Acheuléen supérieur (70.000 à 80.000 ans), tandis que des grattoirs et des pointes de lance sont typiquement moustériens.
Ces armes appartenaient sans doute à des hommes ou des tribus de passage à la poursuite des troupeaux de bêtes sauvages et se livrant à la chasse pour assurer leur nourriture.
Par contre, le néolithique a laissé de nombreuses traces d'habitats (fonds de cabanes) dont certaines ont pu être fouillées partiellement avec la plus grande minutie, ce qui a permis de recueillir en grand nombre des morceaux de céramique, des outils de silex parfois intacts et de relever le plan de ces habitations dont la forme s'incrustait bien visiblement dans le sable.
Certaines de ces découvertes étaient dues au décapage de la couche de terre jusqu'au sable par le bulldozer laissant voir les traces d'habitats ainsi que la forme rectangulaire des tombes qu'il n'y avait plus qu'à fouiller patiemment.
Mais il y avait aussi une autre forme de repérage : la détection aérienne. En période de sècheresse, en particulier sur fond sablonneux, la végétation est plus vigoureuse aux endroits où la couche de terre est la plus épaisse : c'est le cas des tombes, des fossés, des enceintes et des fonds de cabanes, lesquels se détachent en plus foncé sur le cliché photographique en donnant des figures géométriques parfaites formant des rectangles, des carrés simples ou doubles, des couronnes parfois de vastes dimensions que l'on ne remarque pas à hauteur d'homme.
Cet ensemble de photographies détectrices fut l'oeuvre de MM. Bret, Parruzot et Diehl de Sens, qui vinrent survoler maintes fois la région dans ce but précis.
Les recherches entreprises par l'équipe de fouilleurs de la Société Archéologique, aidés par leur correspondant local, aujourd'hui décédé, Espérance Lapert, et avec la bienveillante autorisation de M. André Guillot, propriétaire exploitant des carrières de sable, révélèrent l'importance du site archéologique.
Outre les fonds de cabanes de la civilisation danubienne, furent minutieusement explorées à la brosse et au pinceau, des tombes, au nombre d'une cinquantaine. Dans certaines, les corps étaient allongés sur le dos ou couchés sur le côté en position repliée, les coudes touchant les genoux, mais sans aucun mobilier (armes ou outils).
Par contre, d'autres contenaient différents objets : silex polis ou taillés, vases en terre cuite plus ou moins grossière, cassés et incomplets. Une de ces sépultures renfermait trois corps, deux d'adultes et un d'enfant ; deux vases morcelés y étaient joints ainsi qu'une superbe hache-marteau en jadéite ( ?) magnifiquement polie, un véritable bijou.
Une autre tombe contenait six corps d'adultes, sans aucun mobilier, mais l'un des squelettes avait été partiellement incinéré en place. La fouille la plus importante, et de combien, permit la découverte d'une tombe collective chalcolithique qui, dégagée avec d'infinies précautions, révéla qu'elle rassemblait plus de cinquante corps - hommes, femmes et enfants, - entassés pêle-mêle les uns sur les autres, enfouis avec leurs armes et leurs outils. C'est ainsi qu'environ 150 objets furent recueillis, haches polies et taillées de différentes dimensions, grattoirs, racloirs, lames, etc. en silex, deux haches-marteaux en bois de cerf, avec d'autres outils de la même matière ou en os, tous intacts et en parfait état.
Cette tombe était creusée dans le sable, assez profondément, recouverte de terre sur laquelle étaient amoncelées de très grosses pierres de grès, dont plusieurs meules, sans doute afin d'empêcher les bêtes sauvages de déterrer les corps.
Que s'était-il passé à cette époque, il y a quelque 3.500 ans ? Guerre entre tribus rivales, massacre ou épidémie ? Nul ne peut le dire aujourd'hui.
Des tombes à incinération furent aussi découvertes. Des champs d'urnes de l'époque du bronze ont été mis au jour avec leurs vases contenant les cendres et parfois des ossements humains incomplètement brûlés et des ornements de parure en bronze, bagues ou boucles d'oreilles.
Dans les enclos circulaires et quadrangulaires, ce fut le tour des tombes à inhumation avec un mobilier du premier âge du fer (environ 600 av. J.C.).
La permanence de l'occupation du site fut amplement prouvée par une nécropole d'époque gauloise (Tène I - env. 400 av. J.C.) qui livra de nombreuses armes et objets de parure.
Les Gallo-romains apparaissent avec des tombes, de la céramique. Les Mérovingiens eux aussi ont affiché leur présence : vestiges d'un village repérés - le premier en France -, plusieurs emplacements de cabanes fouillés. Nombre d'objets en fer, de débris de vases et d'ossements d'animaux provenant de déchets de cuisine, parfaitement identifiés, des reliefs de poisson, ont permis de connaître comment vivaient les indigènes en ces temps lointains.
Les recherches sont actuellement suspendues. Les engins mécaniques utilisés maintenant ne permettent plus de repérer les sites comme auparavant, sauf en de rares exceptions.
Cependant, par l'examen du sol de toute cette région, il est facile de se rendre compte qu'il reste beaucoup à faire, mais les terres sont en culture et l'on ne peut se livrer, au milieu d'elles, à des fouilles archéologiques qui en bouleverseraient tout le limon.
Cheny n'a pas livré tous ses secrets. Peut-être, un jour prochain, de nouvelles découvertes viendront s'ajouter à celles nombreuses et de choix faites par l'équipe de Sens et dont les trouvailles sont déposées au musée archéologique de la rue Rigault.

Document Cheny mon village http://www.cheny.net
reproduit avec l'aimable autorisation de l'Association Culturelle et d'Etudes de Joigny.
© ACEJ 1970

Retour

Au secours ! Je suis perdu !